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Emploi en Guadeloupe

Travailler dans l'hôtellerie-restauration : saisonnalité et périodes de recrutement

En Guadeloupe, l'hôtellerie-restauration recrute au rythme de deux saisons, pas d'une seule. La fréquentation varie fortement d'un mois à l'autre, l'emploi beaucoup moins : c'est cet écart qui décide des périodes d'embauche, du contrat proposé et du moment où il faut se présenter.

Terrasse de restaurant dressée face à la mer au petit matin, un serveur prépare le service
Les équipes se constituent avant l'ouverture de la saison, quand la terrasse se prépare encore à vide.

Deux saisons, un décalage entre visiteurs et emplois

En 2023, les hôtels de l'archipel ont enregistré 1,3 million de nuitées, un niveau inégalé depuis 2011, pour 57 établissements et 3 293 chambres. Cette fréquentation ne se répartit pas sur l'année : l'Insee mesure, en 2019, un écart de 49 % entre le mois le plus haut et la moyenne annuelle. Le calendrier météo explique ce relief, avec le carême, saison sèche de janvier à avril, puis l'hivernage, de juin à novembre, et son risque cyclonique.

L'emploi, lui, bouge beaucoup moins : le même écart n'est que de 12 % pour l'emploi touristique guadeloupéen, contre 26 % pour la moyenne française et 62 % dans le Var. Autrement dit, la clientèle arrive par vagues, mais les équipes ne sont pas démontées et remontées au même rythme. C'est cette différence qui rend le calendrier local particulier : quelques semaines de tension, pas une année coupée en deux.

Deux cuisiniers travaillent côte à côte dans une cuisine professionnelle pendant le service du soir
Le service du soir et les coupures font partie des critères de disponibilité demandés à l'embauche.

Ce que pèse l'hôtellerie-restauration dans l'emploi local

La branche des hôtels, cafés et restaurants emploie 3 692 salariés au 31 décembre 2022, répartis dans 507 établissements employeurs, dont 88 % comptent de un à neuf salariés. L'Insee recense 8 000 emplois liés à la présence des touristes en 2019, soit 8,4 % de l'emploi marchand : l'hébergement en fournit 2 100 et la restauration 640, le reste se répartissant entre commerce, loisirs et services.

Sur l'année 2021, 4 728 postes distincts ont été pourvus dans la branche : 54 % en CDI, 23 % en CDD et 18 % en travail occasionnel. Ce partage décrit bien le secteur local, avec un noyau d'équipes permanentes, souvent petites et polyvalentes, et une périphérie flexible qui grossit à l'entrée de chaque saison. La candidature gagne donc à viser d'abord cette périphérie, puis à convertir l'expérience en contrat durable.

Quand les employeurs recrutent : le calendrier réel

Les chiffres de l'embauche donnent la mesure du phénomène : 12 231 déclarations préalables à l'embauche ont été enregistrées en 2023 pour l'hôtellerie-restauration, soit 16 % de toutes les DPAE de la région. Parmi elles, 59 % portent sur des CDD de moins d'un mois, 29 % sur des CDD plus longs et 12 % sur des CDI. Le secteur recrute donc en continu, par petites touches, plus qu'il ne lance de grandes campagnes.

Les périodes de tension restent identifiables. Les embauches durables se jouent surtout avant l'ouverture de la saison sèche, entre septembre et novembre, quand les établissements reconstituent leurs équipes pour décembre. Un second passage a lieu avant les vacances de février, puis un troisième au printemps pour juillet et août. En 2019, la branche comptait 300 saisonniers pour l'été contre 100 pour l'hiver : l'été pèse plus lourd que l'hiver.

Réceptionniste accueillant deux voyageurs avec leurs valises dans le hall d'un hôtel créole
L'anglais à l'accueil et la disponibilité en soirée départagent souvent deux candidatures.

L'hivernage : ce qui ferme, ce qui tient

De juin à novembre, l'hivernage apporte des pluies fréquentes et la période cyclonique. Une partie des établissements touristiques réduit ses horaires, ferme quelques semaines ou cale ses congés sur ces mois ; les recrutements se raréfient et les contrats saisonniers arrivent à leur terme. L'activité ne s'arrête pas pour autant : la clientèle locale, les voyages d'affaires et les visites familiales continuent de remplir salles et chambres.

C'est le moment où se prépare la saison suivante. S'inscrire à France Travail entre deux contrats permet de faire valoir ses droits : l'allocation chômage demande 130 jours travaillés sur les 24 derniers mois, avec un mécanisme dérogatoire à 108 jours réservé aux saisonniers, applicable aux fins de contrat depuis le 1er avril 2025. Le creux sert aussi à se former, plutôt qu'à enchaîner des extras sans contrat ni bulletin.

Saisonnier, extra ou accroissement : trois contrats, trois régimes

Trois contrats se croisent dans le secteur, et ils n'ouvrent pas les mêmes droits. Le CDD saisonnier correspond à des tâches qui se répètent chaque année selon le rythme des saisons ; son terme est la fin de la saison, il ne peut pas dépasser huit mois et se renouvelle sans délai de carence. Quelle que soit sa forme, l'embauche donne lieu à une déclaration préalable, faite dans les huit jours qui précèdent la prise de poste.

Le contrat d'usage, ou contrat d'extra, obéit à trois conditions cumulatives : un secteur qui l'autorise, un usage constant de ne pas recruter en CDI et un emploi par nature temporaire. L'hôtellerie-restauration figure parmi les secteurs autorisés, mais le ministère du Travail précise que les tâches administratives ou d'entretien permanentes en sont exclues. Le saisonnier, lui, ne perçoit pas la prime de précarité de 10 %, mais bien l'indemnité de congés payés.

Ce qui fait la différence au moment de postuler

Ce que regarde un employeur tient à la disponibilité plus qu'au diplôme : coupures, service du soir, week-ends et jours fériés travaillés, anglais à l'accueil, permis et véhicule pour les navettes ou les locations de voitures. Dans un tissu de très petites structures, la candidature déposée en début de saison, quand les équipes se constituent, pèse plus qu'un envoi sans contexte. Une expérience de saison précédente se raconte en deux phrases précises.

Deux règles protègent le saisonnier qui revient. Depuis la loi du 21 mars 2022, la reconduction du contrat est un droit après deux saisons consécutives chez le même employeur, si un poste compatible existe, et aucune période d'essai ne peut être imposée à celui qui reprend le même poste. D'où l'intérêt de conserver contrats et bulletins de paie, et de vérifier la convention collective applicable, celle des hôtels, cafés, restaurants.